samedi 4 octobre 2014

Journées du patrimoine à PSA Saint Ouen : le savoir-faire tant vanté des ouvriers sera-t-il préservé?

Maria Chevtsova

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Samedi 20 septembre 2014, l'usine PSA Saint-Ouen a ouvert ses portes dans le cadre des journées du patrimoine et des 90 ans de la boîte. Le site, qui date de 1847, a été acquis par André Citroën en 1924 pour en faire une usine d'emboutissage, qui compte aujourd'hui 600 ouvriers produisant environ 600 000 pièces par jour.


Aux portes de l’usine, des militants de la CGT diffusent un tract sur lequel on peut lire «La CGT, premier syndicat du site, vous souhaite la bienvenue pour cette visite du « patrimoine industriel ». L’an dernier, c’était la fermeture de la plus grosse usine PSA de la région parisienne, l’usine d’Aulnay. C’est un patrimoine industriel que vous ne visiterez pas car les machines qui s’y activent sont maintenant… les engins de démolition. Le Groupe PSA continue de supprimer des emplois et s’apprête maintenant à réduire les productions dans d’autres usines du Groupe en France (Poissy, Mulhouse). L’usine de Saint-Ouen est maintenant la dernière usine PSA en proche banlieue de Paris… » Pour finir par « Profitez de votre visite en sachant que, derrière le décorum, les belles voitures, il y a des hommes, des femmes, qui souhaitent, comme vous, vivre mieux et faire vivre correctement leur famille ». Voilà le décor bien planté.

Et en effet, la mise en scène est frappante lorsque l’on passe les portes, puisqu’une série de voitures de luxe est exposée dans le hall principal, véhicules qui font certainement la fierté des patrons de l’usine, mais qui ne semblent pas vraiment à leur place dans cette usine qui produit des pièces d’emboutissage et de ferrage, donc des petites pièces de structure automobile en acier. Mais il faut bien émerveiller les curieux, et certains se laissent prendre au jeu !

Un peu plus loin, en continuant la visite, on peut voir les machines automatiques, les presses, les robots en action, à cadence ralentie, et même les ouvriers de l’équipe VSD (vendredi, samedi, dimanche) qui expliquent leur savoir-faire aux visiteurs : "D'habitude, le sol tremble, et les machines font un bruit terrible. Aujourd'hui, elles tournent au ralenti, ça permet aussi d'éviter les problèmes, pour nous rendre disponibles pour le public". Ce que l’on comprend en déambulant dans l’usine, c’est que les visiteurs présents ne sont pas de simples curieux audoniens, qui viendraient prendre leur bain d’exotisme en se baladant le samedi après-midi à l’usine, mais que ce sont des ouvriers et anciens ouvriers de PSA ou du secteur automobile, qui viennent partager ce moment en famille. En effet, ils sont nombreux à être accompagnés de leur femme, de leurs enfants, voire même petits enfants…  Et ils ne sont pas là pour admirer, mais transmettre, expliquer, donner du sens et mettre en avant leur métier. On sent une certaine fierté. Les gens discutent facilement, et l’ambiance est chaleureuse, rare pour des journées du patrimoine !

 
Quand on demande aux ouvriers postés devant leurs ateliers s'ils s'inquiètent de la fermeture du site, avec les plans de départs, la diminution des effectifs… c’est sans langue de bois qu’ils nous répondent, et expriment leurs craintes quant à l’avenir de leur boîte. « Il n’y a plus de jeunes ici, que des vieux comme moi. Et on sait que quand on ne forme plus de jeunes, c’est mauvais signe ». Certains d'entre eux  ont vécu la fermeture du site d'Aulnay et ne se font pas d'illusion : « On sent que ça va fermer, on sait pas quand, mais on le sait ». Cette inquiétude qui plane sur le site baigne le visiteur averti dans un sentiment d'amertume, plus encore en passant devant les photos des ouvriers souriants à leur poste de travail, exposées en grand format par PSA pour l'occasion.
  
L’ironie de la situation est bien décrite par les militants de la GCT à la sortie de l’usine, lorsqu’ils expliquent que les ouvriers avec qui nous avons parlé et que nous avons vu travailler pendant la visite, font en fait partie de l’équipe VSD… qui vient d’être supprimée par la direction il y a quelques semaines et dont il ne reste en fait que des mainteneurs. Une belle mise en scène donc de la part de la direction, mais à quoi d’autre aurions pu nous attendre ?

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